SOEURS DE LA CHARITE DE JESUS ET DE MARIE

1. Fondation de la congrégation des Soeurs de la Charité de J.M. - 1803.

Mgr. Fallot de Beaumont, évêque de Gand de 1802 à 1807.
Mgr. Fallot de Beaumont, évêque de Gand de 1802 à 1807.

La congrégation des Soeurs de la Charité de J.M. connut une origine modeste dans la commune rurale de Lovendegem. A la fin du 18e siècle et au début du 19e la l'Europe traversa une sérieuse crise aux niveaux économique, social et politique. Pendant les premières années après l'invasion française de 1793 sévit également dans nos contrées une vraie tourmente anticléricale. Le but final était de diminuer l'influence de l'Eglise dans tous les secteurs régis par elle au point de rendre possible une séparation réelle de l'Eglise et de l'Etat. En 1796 une loi supprima tous les couvents et fondations pieuses et confisqua les biens ecclésias­tiques, tant meubles qu'immeubles, furent confisqués au profit de l'Etat. La gestion en fut confiée aux Commis­sions des Hospices nouvellement créées. Les prêtres séculiers ne pouvaient plus exercer leur ministère avant d'avoir prêté le serment de fidélité à la Républi­que Française et de haine envers la royauté. Beaucoup d'entre eux furent condamnés à l'exil ou se cachèrent pour pouvoir continuer clandestinement leur tâche alors que la menace d'une déportation outre-mer pendait au-dessus de leur tête.

Ce n'est qu'en 1801 qu'un changement se produisit dans cette situation avec la conclusion d'un concordat entre le Pape Pie VII et Napoléon, concordat qui rétablissait la paix religieuse. Les diocèses furent rétablis et en avril 1802 Mgr E.Fallot de Beaumont fut nommé évêque de Gand. En acceptant le nouvel ordre religieux l'Eglise rompait avec l'Ancien Régime. L'Eglise avait dû renoncer à ses privilèges traditionnels et ne possédait plus le monopole aux plans caritatif et culturel. Elle recevait cependant suffisamment de liberté pour exercer sa mission spirituelle. Une des caractéristiques de ce réveil catholique fut la fondation de nombreuses congrégations nouvelles qui se consacraient principalement au soin des malades et à l'enseignement. La congrégation des Soeurs de la Charité de J.M. fut l'une de ces premières fondations et devint la plus importante d'entre elles.


1.1. Les débuts à Lovendegem.

Au commencement de 1803 Pierre Joseph Triest fut nommé curé à Lovendegem. La pauvreté, la déchéance morale, le besoin d'instruction et de soins des malades firent réagir P.J. Triest. En réponse aux besoins de la population locale, il réunit quelques femmes pieuses, célibatai­res en une association religieuse. Elles occupèrent assez vite un petite maison au hameau Appensvoorde: ce fut le berceau de la congrégation. Le 4 novembre 1803, fête de St Charles Borromée, la congrégation des "Soeurs de la Charité de Jésus et de Marie" fut canoniquement érigée par Mgr Fallot de Beaumont; leur couvent fut dédié à N.D. des Anges. Petit à petit la fondation prit forme. P.J. Triest put compter sur l'aide de Maria Theresia Van der Gauwen, une ancienne novice des Bernardines, qui était habituée à la vie conventuelle. Elle devint la première supérieure sous le nom de Mère Placide. Le 2 juillet 1804 les premières soeurs de la Charité prononçèrent leurs premiers voeux et décidèrent de consacrer aussi leur vie "à garder et servir les pauvres et les miséreux". Les soeurs faisaient la classe, s'occupaient d'orphelines et allaient à domicile soigner les malades et les vieillards.


1.2. La spiritualité de la congrégation et sa reconnaissance officielle.

Le 22 juin 1804 parut un décret du gouvernement qui stipulait qu'aucune association ne pouvait être constituée sans la permission impériale qui était accordée seulement après examen de ses statuts. P.J. Triest tâcha d'obtenir l'affiliation avec "les Filles de la Charité " de St Vincent de Paul à Paris puisque celles-ci avaient déjà obtenu l'autorisation et qu'elles poursuivaient les mêmes buts. Sa demande reçut une réponse négative, ce qui obligea Triest à rédiger lui-même des constitutions afin d'obtenir l'autorisation nécessaire. Les Soeurs de la Charité restèrent donc une congrégation autonome avec sa règle propre qui conjuguait la spiritualité de Saint Vincent avec celle de Bernard de Clairvaux. Les soeurs devaient tendre à joindre la vie contemplative à l'exercice de la charité. Le 21 mars 1805 elles prirent le costume cistercien : un habit blanc avec un scapulaire et un voile noirs. Tout était ainsi prêt pour obtenir outre l'approbation épiscopale, l'approbation officielle de la fondation.


1.3. Les premiers supérieurs généraux.

Pierre Joseph Triest naquit à Bruxelles le 31 août 1760 dans une famille aisée. Il alla d'abord à l'école chez les Jésuites de Bruxelles et fréquenta ensuite l'école latine à Geel. Après cela il suivit pendant deux années les cours de philosophie à l'université de Louvain. A l'âge de 22 ans il commença sa formation au sacerdoce au grand séminaire de Malines et fut ordonné prêtre en 1786.

Ses premières tâches se situèrent à Malines et dans les environs. En 1797 il fut nommé curé de la paroisse Saint-Pierre à Renaix. Ce fut à ce moment que Triest refusa de prêter le serment républicain et décida de se cacher pour assister ses paroissiens dans leurs nécessités spirituelles. Après la signature du concordat Triest put prendre possession ouvertement de la paroisse Saint-Martin à Renaix mais en réalité pas pour longtemps. Une année plus tard il fut déplacé à Lovendegem où il allait entamer le grand oeuvre de sa vie.

La figure de P.J. Triest a marqué la congrégation d'une empreinte évidente. Triest n'était pas seulement un bon organisateur et un homme pratique qui savait s'assurer l'appui des autorités politiques et religieuses. Il avait aussi une maturité spirituelle profonde qui le rendit capable de donner des directives spirituelles aux soeurs en une règle bien pensée. C'est sur la base de ces constitutions que, premier fondateur depuis la Révolution Française, il se rendit à Rome en 1816 pour obtenir l'approbation pontificale. Pendant toute sa vie, Triest fera montre d'une approche rénovatrice et d'une vision prophétique.

Le rôle de Mère Placide Van der Gauwen ne peut absolument pas être sous-estimé, surtout en ce qui concerne la vie religieuse. Sans doute, sa personne est-elle moins connue que celle de P.J. Triest. Cela tient d'une part au fait que les soeurs accomplissaient leurs tâches de façon anonyme et que très rarement, une soeur, même une supérieure, était signalée par son nom. D'autre part c'était la conséquence de la mentalité de l'époque qui reconnaissait aux femmes une position de deuxième rang dans la société.

Maria Theresia Van der Gauwen naquit à Etikhove le 16 janvier 1769 dans une famille de gentilhommes campagnards (gentlemen - farmers) aisés. On ne sait rien avec précision sur ses premières années et son éducation. Elle reçut vraisemblablement une bonne formation avant d'entrer au couvent. Il est admis qu'elle fut novice à l'abbaye cistercienne de Maagdendale près d'Audenarde jusqu'à ce que les troubles politiques et religieux l'obligent à quitter le couvent. M. Placide avait 33 ans quand elle se présenta le 5 mai 1804 à la jeune com­mu­nauté religieuse de Lovendegem. Elle fut d'abord écartée par les soeurs parce qu'elle ne savait pas filer. A l'intervention de P.J. Triest lui-même qui la connaissait depuis quelques années et voyait en elle une collaboratrice valable, Maria Theresia fut quand même acceptée. Cette même année elle fut choisie comme supérieure de la communauté et en 1807 elle fut élue à Gand supérieure générale de la congrégation. Elle survécut à Triest pendant huit ans. Pendant ses 40 ans de supériorat 18 maisons furent fondées, dispersées sur tout le territoire belge et le nombre des soeurs passa de 6 à 328. Son décès, le 28 septembre 1844, fut une grande perte pour la congrégation.

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