| Supérieurs généraux | Supérieures générales | ||
| 1803 | Pierre Joseph Triest | 1803 | |
| (°1760 - 1836) | |||
| 1807 | Mère Placide Van der Gauwen | ||
| 1810 | (°1769 - 1844) | ||
| 1820 | |||
| 1830 | |||
| Benoît De Decker | 1836 | ||
| (°1803 - 1874) | |||
| 1840 | 1844 | Mère Perpétue De Schuyter | |
| (°1801 - 1845) | |||
| 1845 | Mère Frédérica Everaert | ||
| (°1806 - 1852) | |||
| 1850 | |||
| 1852 | Mère Borgia Liedts | ||
| (°1809 - 1873) | |||
| 1860 | |||
| 1870 | |||
| 1873 | Mère Gervaise van Wassenhove | ||
| Jean Janssens | 1874 | (°1822 - 1893) | |
| 1880 | (°1834 - 1889) | ||
| Vital Roelandts | 1889 | ||
| 1890 | (°1850 - 1930) | ||
| 1893 | Mère Marie de la Croix | ||
| Van Driessche (°1838 - 1918) | |||
| 1899 | Mère Ghislaine Spillemaekers | ||
| 1900 | (°1845 - 1920) | ||
| Eugène Van Rechem | |||
| (°1858 - 1943) | |||
Benoît De Decker était depuis quelques années déjà le coadjuteur de P.J.Triest et, à la mort de celui-ci en 1836, la fonction de supérieur général lui fut transmise. Il allait travailler pendant quelques années encore avec Mère Placide Van Der Gauwen. Ensemble ils fondèrent un hôpital à Lokeren et un asile d'aliénées à St Trond. En raison d'une maladie sérieuse Mère Placide fut assistée, à partir de 1841 par Sr Perpétue - Maria-Théresia De Schuyter, qui allait lui succéder. Cela fut le cas pour les fondations faites entre 1841 et 1845 avec B. De Decker.

Une de leurs réalisations des plus remarquables fut l'érection en 1844 d'une maison pour jeunes femmes " pécheresses repenties" à Gand. Dans ce refuge les soeurs se consacraient à la rééducation de ces jeunes pénitentes afin qu'elles puissent reprendre une place honorable dans la société. Cette initiative était une conséquence directe des circonstances économiques et sociales défavorables qui contraignaient beaucoup de jeunes filles à la prostitution. Un fait remarquable et pour les soeurs une évolution réjouissante, fut le souhait émis par quelques- unes de ces pénitentes de devenir Soeurs de la Charité. En 1851 on opta pour la création d'une nouvelle congrégation sous le nom de "Soeurs Madeleines" avec une règle propre composée par B. De Decker. Peu de temps après une maison semblable fut érigée à Bruges. Ces établissements reçurent au fil du temps une autre destination par suite du changement dans les circonstances de vie.
A cause du décès de Mère Perpétue De Schuyter quelques mois seulement après son installation, un Chapitre Général fut à nouveau convoqué pour l'élection d'une supérieure générale. Mère Frederica - Rosa Everaert devint en 1845 la troisième supérieure générale de la congrégation et son supériorat dura sept ans. Une année après son élection elle collaborera à une initiative de Marie de Hemptinne, à savoir l'érection de la "Société pour les écoles gardiennes de la ville de Gand" avec B. De Decker comme président. Les écoles étaient destinées à accueillir les enfants des ouvrières qui travaillaient dans les fabriques et ateliers de Gand. La première classe s'ouvrit à Terhagen le 23 septembre 1846.
Mère Borgia - Clémence Liedts allait travailler avec B. De Decker au développement ultérieur des oeuvres de la congrégation. Pendant vingt-et-un ans ils fondèrent trois maisons en Wallonie et deux en Flandre et consolidèrent les institutions existantes. Mère Borgia mourut à Terhagen le 25 mai 1873. Une bonne année plus tard mourait B.De Decker à l'âge de 71 ans.
En 1874 Jean Janssens fut nommé par l'évêque de Gand supérieur général de la congrégation. Il collaborerait avec une supérieure générale, Mère Gervaise - Sophie Van Wassenhove élue en 1873. Une réalisation importante fut la transformation en 1885 de l'hôpital de Lokeren en un "asile pour fillettes aliénées", le premier du genre en Belgique. Jusqu'à ce moment il existait seulement quelques sections particulières pour les enfants à l'intérieur des asiles d'aliénées existants.
Ce fut à cette période que la congrégation fit ses premiers pas hors des frontières du pays. La première tentative de fondation d'une mission étrangère date de 1881. En vue de la fondation d'une communauté en Grande Bretagne J.Janssens fit une tournée à travers l'Angleterre et l'Ecosse. Cette initiative n'eut pas de lendemain.

En mars 1888 l'évêque de Salford (Angleterre) prit contact avec J.Janssens. Dans une lettre amicale le prélat lui demandait des soeurs qui prendraient en charge l'hébergement et l'éducation des enfants catholiques pauvres de son diocèse. Ce diocèse était situé dans le Lancashire, contrée industrielle avec des filatures de coton. Les conditions de vie du prolétariat étaient critiques. Un des problèmes sociaux les plus cruciaux était celui des enfants abandonnés. Pour répondre aux besoins des enfants catholiques pauvres l'Eglise avait créé une organisation d'aide. L'évêque fit le projet de commencer une école. La seule chose qui manquait était une congrégation féminine qui desservirait l'école. Par l'intermédiaire d'un ami belge il s'adressa avec un résultat positif aux Soeurs de la Charité. Peu de temps après Janssens acheta l'ancien collège pour garçons à Hollymount - Tottington et en septembre 1888 les premières soeurs arrivaient à Hollymount. L'institut allait bien vite devenir une école florissante.
La même année J.Janssens prit des contacts pour étendre le terrain de mission à l'Etat libre du Congo et fonda un noviciat pour les missions à Kwatrecht. Ce fut en réalité son successeur qui réalisa la première fondation. Jan Janssens décéda à Gand le 14 mai 1889, âgé seulement de 55 ans. Pendant les 15 années de son supériorat la congrégation prit résolument une nouvelle direction, celle de la mission. Toutes les nouvelles fondations des vingt années suivantes se firent à l'étranger.
Vital Roelandts fut nommé, en 1889, quatrième supérieur général. Il allait être à la tête de la congrégation pendant quatorze ans jusqu'à sa nomination à une autre tâche par l'évêque. Le 17 octobre 1903 Vital Roelandts fut nommé doyen d'Alost. De sa lettre d'adieu aux soeurs il ressort que c'est avec regret qu'il quitta la congrégation.

Ensemble avec Mère Gervaise il réalisa la fondation de la première mission hors d'Europe. Le 8 décembre 1891 dix soeurs s'embarquaient à Flessingue à destination du Congo où elles deviendraient les premières femmes missionnaires catholiques. Leur tâche consistait principalement dans l'enseignement et les soins aux autochtones. Avant la fin du 19e siècle elles avaient déjà six postes de mission dans l'Etat libre du Congo.
Au Chapitre Général de 1893 Mère Marie de la Croix - Clémentine Van Driessche fut élue sixième supérieure générale de la congrégation. En raison d'une maladie grave son mandat ne fut pas renouvelé lors du chapitre suivant en 1899. Après son rétablissement elle fut nommée supérieure à Anvers où elle s'occupa notamment du départ et de l'accueil des missionnaires. Elle fut remplacée comme supérieure générale par Mère Ghislaine - Rosalie Spillemakers qui collabora avec le successeur de V. Roelandts pendant la majeure partie de son supériorat.
Durant cette période la congrégation s'étendit en Afrique mais elle fonda aussi des filiales en Asie. Mgr J. Van Reeth, jésuite, fut nommé en 1895 évêque de Galle à Ceylan. Avant son départ il demanda l'aide des Soeurs de la Charité pour l'organisation de services sociaux dans son diocèse. A la fin de 1896 les premières soeurs s'embarquèrent pour Ceylan et y commencèrent à Galle une école et un oprhelinat. Cette maison demeura la seule fondation à Ceylan jusqu'en 1908.
De 1897 à 1899 L'Inde centrale connut une des plus grandes famines de son histoire. L'évêque de Lahore (alors située dans l'Inde anglaise, maintenant au Pakistan), Mgr Pelckmans, de la mission des Capucins, demanda, en 1897, aux Soeurs de la Charité de reprendre un orphelinat à Lahore. La congrégation refusa d'abord mais après un appel de la supérieure générale, cinq soeurs se présentèrent comme candidates. La même année elles se mirent en route vers la mission du Punjab. On leur confia le soin des orphelins sous-alimentés qu'elles ramenaient des différentes régions de l'Inde ou qui étaient amenées par les Pères. En 1899 une deuxième maison fut ouverte au Punjab, celle de Multan avec une école et un internat.
Depuis le début de la congrégation un de ses plus importants champs d'apostolat fut l'enseignement. Le but principal de l'éducation était de former à une vie chrétienne et à la vraie foi, ce qui se reflétait dans la pratique pédagogique. A côté de cela un second aspect dans la pensée pédagogique des Soeurs de la Charité était la conception que la place de la femme dans la société était dans son foyer comme mère de famille. Ceci entraînait que ce n'est que très lentement que des orientations furent créées qui ouvraient aux jeunes filles des débouchés professionnels.

Durant le 19e siècle la formation des enseignantes était restée limitée dans la congrégation. La formation était surtout autodidacte et pratique. A partir de 1860 un mouvement international d'émancipation se développa qui, entre autres choses, travaillait à un meilleur enseignement pour les filles. L'opposition croissante entre catholiques et libéraux firent croître dans les milieux catholiques la conviction que des enseignants bien formés étaient indispensables. A partir de 1870 il entra dans la congrégation un plus grand nombre d'enseignantes diplômées. En 1880, en pleine guerre scolaire, la congrégation fonda à Zaffelare sa première école normale. En 1886 celle-ci fut transférée à Eeklo qui devint le centre de l'activité pédagogique de la congrégation. A partir de 1897 se tinrent à Eeklo des conférences pédagogiques et des semaines pédagogiques. Entre 1889 et 1903, 146 soeurs obtinrent leur diplôme à Eeklo. Ce grand nombre de jeunes soeurs diplômées fut mis au travail dans les différentes institutions d'enseignement de la congrégation, telles que Melsele, Beerlegem, Courtrai, etc. De cette manière un niveau d'enseignement élevé et constant était assuré.
Le 17 décembre 1890 parut à Rome le décret "Quemadmodum" du Pape Léon XIII, lequel demandait l'adaptation des constitutions à la nouvelle législation sur la liturgie. A ce moment la Règle de 1816-1818 était encore en vigueur chez les Soeurs de la Charité. Au cours de ces 80 années de nombreuses dispenses avaient été accordées si bien qu'une modification s'imposait pour cette raison également. En même temps il fallait tenir compte de la nouvelle situation des fondations à l'étranger, c.à.d en Angleterre et au Congo.

V.Roelandts prépara l'adaptation des Constitutions et des Règles particulières. Le texte fut discuté à la fin de 1894 par un Chapitre Général extraordinaire et approuvé par l'évêque de Gand. Un an plus tard suivirent les règles particulières. Un nouveau décret pontifical "Conditae a Christo" entraîna une révision du texte. La deuxième version des Constitutions et règle, cette fois en un seul volume, parut en 1903. Elle était prête pour l'impression lorsque V.Roelandts, nommé doyen d'Alost, quitta la congrégation.
Les Constitutions étaient ramenées à 65 articles. Le côté matériel fut traité d'une manière générale dans les nouvelles Constitutions. Beaucoup de prescriptions d'ordre pratique, telles que le nombre de portions servies aux repas, le nettoyage et d'autres furent supprimées. Par contre les articles concernant les voeux étaient plus travaillés, on détaillait la façon dont les soeurs devaient observer les voeux. Au plan du gouvernement il n'y eut que peu de modifications: la supérieure générale ne pouvait être réélue qu'une seule fois sans le consentement de l'évêque de Gand et la composition du Chapitre Général était la suivante: le conseil de la Maison-Mère (4 soeurs), les supérieures locales et les déléguées des maisons (plus 1 par 25 soeurs). A côté de l'introduction de quelques changements généraux - comme entre autres la récollection mensuelle, le chemin de croix hebdomadaire, les visites sans témoin - on introduisit surtout des articles concernant les fondations à l'étranger. Il fut stipulé que le vêtement devait être adapté au climat du pays, que la boisson usuelle de l'endroit pouvait être adoptée. Une soeur ne pouvait pas être envoyée aux missions sans l'avoir demandé elle-même. Il fut aussi stipulé que la visite trisannuelle des supérieurs généraux dans les maisons situées à l'étranger n'étaient pas nécessaire. Il n'était pas non plus obligatoire pour les supérieures locales de ces maisons de venir au Chapitre Général. Les autres règles restaient en vigueur.
Lors de la révision aucune modification fondamentale ne fut apportée. Il s'agissait plutôt d'une adaptation des Constitutions au temps et aussi d'une autre disposition et d'un regroupement des articles. En pratique cela ne changeait guère la vie des Soeurs. Pour P.J. Triest et la Mère Placide, cent ans après la fondation de la congrégation, les soeurs de la Charité étaient encore reconnaissables.

Le centenaire de la naissance des Soeurs de la Charité fut célébré avec un grand lustre dans toute la congrégation. En 100 ans de temps le petit groupe de femmes était devenu une congrégation de plus de 1200 soeurs, réparties en plus de trente-six maisons. Vingt-cinq d'entre elles se trouvaient sur le territoire de la Belgique, cinq au Congo, quatre aux Indes anglaises, une à Ceylan et une en Angleterre. Pendant ce siècle la congrégation resta fidèle au but que son fondateur, P.J. Triest, formulait dans la première Règle: "Les Soeurs de la Charité de Jésus et de Marie joindront la vie contemplative à la vie active, laquelle consistera à servir les malades indigents sans distinction aucune, soit dans leurs cloîtres, soit dans les hôpitaux tant civils que militaires; à tenir et à soigner les femmes aliénées; à élever les orphelines et autres pauvres filles; à tenir des écoles; enfin à exercer toute sorte d'Oeuvres de Charité, ...".